Exil

Dans Antilles, Concept,
le Lundi
4 août 2008,
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Hier j’ai vu l’excellent film des studios Pixar / Disney : Wall-E.

La deuxième partie du film m’a fait pensé que j’avais écrit une nouvelle il y a quelques années qui parle également de l’exil des hommes dans un vaisseau spatial.

Exil

J’ai eut la chance ainsi que ma femme d’être sauvé en ce jour maudit. La chance ? Si on peut appeler ça de la chance quand on perd nos familles, nos amis, nos voisins, tous. Loin est maintenant le temps des chagrins.

Nous sommes environ 20000 personnes à bord. Il y a ici des hommes et des femmes venues de tous les coins de la Terre tel l’arche de Noé. Nous arrivons tous plus ou moins à nous exprimer entre nous en anglais, heureusement.

Hier, par exemple, j’ai fais la connaissance du couple martiniquais. La Martinique est une île française des Caraïbes.
J’ai sonné à la porte de leur cabine :
- Sa ou fè ? ais-je demandé.
- Ki sa ? Vous êtes béké ? ais-je eu comme réponse.
Les békés aux Antilles sont les descendants des colons et détiennent une grande part de l’économie des îles.
J’étais étonné par l’accueil. Je voulais à tout prix partir sur de bonne base :
- Non non ! Je suis Victor Belcassen et je suis israélien. Je me suis permis de vous saluer en créole, c’est tout.
- Ah pardon, c’est que j’étais étonné…
- Il n’y a pas de problème… Je travaille… euh, je travaillais pour une société multinationale ; j’ai visité beaucoup de pays, et appris beaucoup de mes collaborateurs venus de tous les horizons, dont la langue créole. Donc je ne vous cache pas que je ne suis pas « dépayser » à bord.
Il m’a invité alors à entrer prendre un verre. Sa femme était là. Nous avons parlé de tout et de rien et bien sûr nous avons évité de parler de la chose qui nous attriste.

Aujourd’hui, accompagné de ma femme, nous avons décidé d’aller faire connaissance avec le couple palestinien. Nous ne les avons qu’entraperçu à chaque fois et jamais, nous ne nous avons adressé la parole. Nous franchissons le pas. Je sonne à la cabine, après des salutations plutôt froides et sans originalité, nous sommes conviés à entrer.
Après les présentations et les discussions futiles amenant à briser la glace je m’engage sur le débat géopolitique :
- Nos deux pays étaient toujours en Guerre lorsque nous les avons quittés. Il faudrait certainement faire en sorte que cela ne se reproduise plus, si jamais nous y retournions.
- Je suis d’accord, mais alors c’est à nous de décider quelles sont les règles. Pensez-vous que nous arriverons à trouver un consensus ?
- J’en suis persuadé. Après ce qu’a connu l’humanité, ça serait bête de gâcher une chance de repartir sur de bonnes bases, après cet exil forcé.
- Vous n’êtes pas comme les autres, vous.
- Les « autres » n’étaient pas tous mauvais, vous savez…
- Tout comme les miens.

Ainsi, on a décidé avec le couple palestinien, de se revoir tous les jours pendant quelques heures pour discuter et écrire une sorte de constitution « Israélo-palestinienne » commune.
Même si nous ne sommes pas sûrs que notre travail servira à quelque chose, nous occuperons nos journées de façon intelligente.

D’après le commandement de la mission, nous avons 120 ans de réserve d’oxygène. Nous avons pour l’instant ordre de « ne pas procréer » comme ils le disent, tant que nous ne serons sûrs de revenir sur notre planète. Il y a avec nous comme seuls enfants, des adolescents, sélectionnés dans divers pays.
Parfois, la tristesse m’envahie et j’erre alors dans les couloirs du vaisseau à la recherche de sourires de mes compatriotes humains.
Ma femme tient le coup, plus que je ne le croyais. Elle reste optimiste et est persuadé qu’on pourra rentré bientôt.

Bientôt…

Cela fait maintenant 3 mois que nous avons quitté la Terre suite à une guerre nucléaire. Anticipant cette catastrophe, des milliers de couples de tous les coins du monde ont été choisis pour s’envoler dans cet immense vaisseau afin de préserver l’espèce humaine.
Selon les spécialistes, la Terre ne sera habitable que dans environ 20 ans, lorsque les effets de la radioactivité auront disparu. Il ne s’agit là que de suppositions.

En attendant, de notre ville flottante et multinationale, nous nous efforçons de discuter, communiquer, lever les « a priori » pour qu’à la fin de cet exil, nous aurons à créer un monde meilleur.


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